La télévision est un des instruments des mutations de nos sociétés à partir des années 50.

La télévision, le nouveau média

Les Trente Glorieuses sont marquées par un accroissement sans précédent du niveau de vie des populations des grands pays industrialisés. Cette dynamique bouleverse les modes de vie, qu’il s’agisse d’alimentation, de travail, de culture ou bien encore de santé. Elle concerne également les pratiques liées au son et à l’image qui, d’exceptionnelles, deviennent simples et quotidiennes pour le plus grand nombre.

L’hégémonie des USA

La télévision constitue l’élément le plus visible de cette « révolution des médias ». Elle se développe tout d’abord avec vigueur aux États-Unis dès l’après Seconde Guerre mondiale. Dans un climat d’intense concurrence, l’équipement du pays progresse rapidement, les Américains ayant même accès à la couleur dès le début des années 1950. Les fabricants de postes récepteurs rivalisent pour proposer des modèles dotés d’écrans de plus en plus grands. En s’appuyant sur l’expérience de la radiodiffusion, les émissions les plus diverses sont produites, sport et feuilletons remportant les succès d’audience les plus importants. Dès les années 1960, les séries américaines comme Batman, Bonanza ou The Man From UNCLE (« Des agents très spéciaux ») s’exportent et contribuent tout à la fois à la diffusion d’un modèle américain et à la prospérité des grands Networks comme NBC, ABC ou CBS. Plus de 50 % des ménages américains sont équipés à la fin de l’année 1953, 90 % en 1962.

L’Europe télévisuelle renaît de ses cendres

La télévision connaît des débuts plus difficiles en Europe en raison des séquelles du conflit mondial. La Grande-Bretagne, déjà en pointe à la veille de la guerre, est le plus dynamique des pays européens grâce aux efforts de la BBC et à une industrie électronique de haut niveau. L’Allemagne retrouve un dynamisme dans ce domaine dès les années 1950. Développement de la télévision et industrie des télécommunications sont en effet étroitement liées. L’équipement de la France en faisceaux hertziens, nécessaires pour acheminer les émissions depuis le lieu de production vers l’émetteur régional est un investissement considérable tant sur le plan technique que financier. Le CNET prend une part prépondérante dans cet effort qui permet à la plus grande partie du territoire français de recevoir la télévision à la fin des années 1950. En 1954, le journal télévisé est programmé pour la première fois à 20 heures et un peu plus de 100 000 foyers disposent d’un poste. La télévision publique manque néanmoins de moyens.

La télévision et son impact

En 1964, les Français ont accès à une deuxième chaîne alors que la même année Allemands et Britanniques disposent de leur troisième programme. L’équipement des Français (10 millions de postes en 1969) est donc plus lent que celui des Britanniques (10 millions de postes en 1960) ou des Allemands (10 millions de postes en 1964). Ce retard relatif ne doit cependant pas cacher l’immense impact du nouveau média. Le poste récepteur devient le centre du foyer. Il joue pour la première fois un rôle essentiel dans la vie politique en contribuant à la mise en ballotage du général de Gaulle à l’élection présidentielle de 1965.

Family watching television 1958

Accès à l’image et au son

Les années 1960 confortent et amplifient ce mouvement en donnant un accès bien plus aisé à l’image. La photographie populaire est ainsi révolutionnée par le lancement des Kodak Instamatic dès 1963. C’est également en 1965 que Kodak ouvre réellement l’ère du cinéma d’amateur avec le format « Super 8 » qui repose sur les mêmes principes de cartouches intégrées pour charger des caméras simples d’emploi.

La mutation audiovisuelle ne concerne pas uniquement l’image. Le son sous des formes diverses prend une place croissante dans les loisirs. Cette diffusion à grande échelle est confortée par l’apparition du transistor. Désormais la radio est mobile et le teenager peut l’écouter dans sa chambre pour profiter de programmes qui lui sont spécialement destinés. La musique devient un véritable marché. Dès les années 1950, le développement des disques vinyles rend en effet la musique accessible au plus grand nombre. Le 45 tours et le fameux Teppaz offrent aux jeunes gens la possibilité d’écouter à domicile leurs chanteurs préférés.

Au cours des années 1960-1970, l’apparition des chaînes « haute-fidélité » fait de la Hi-Fi une technologie permettant d’affirmer sa passion pour la musique mais également son statut social. L’enregistrement sonore jusqu’alors réservé aux professionnels ou aux amateurs très avertis se démocratise en 1965 lorsque Philips, avec sa cassette audio, reprend le concept de support compact, délivrant l’utilisateur des manipulations les plus délicates.

Vers une mutation de la société

En l’espace de deux décennies, le rapport au son et à l’image a donc sensiblement changé. Dans une société où la publicité prend une place croissante, la « communication » semble partout. Elle devient en quelque sorte une valeur associée à la démocratie mais aussi à la prospérité et à la consommation. Elle s’appuie sur un ensemble de technologies dites « analogiques » qui ont atteint des niveaux de qualité exceptionnels mais qui ont toutes en commun le même défaut : celui de ne pas pouvoir communiquer les unes avec les autres…