Les USA, l’URSS puis l’Europe se lance dans la course aux satellites pour maîtriser leurs moyens de transmissions.

Les télécommunications et la conquête de l’espace

Le premier « satellite de télécommunications », Echo I, lancé par les Américains en août 1960, n’était en fait qu’un énorme ballon. Recouvert d’une mince pellicule de métal, il devait jouer le rôle d’un miroir, relais passif permettant aux ondes émises depuis le sol d’être reflétées vers un autre point de la planète. Le premier véritable satellite, Courrier B, fut lancé en octobre 1960. Il était doté d’équipements électroniques, permettant de recevoir puis d’amplifier le message avant de le réémettre. Il ne fonctionna que 17 jours.

Le satellite Telstar, (juillet 1962) fut une réussite beaucoup plus probante. Il permit de réaliser la première transmission d’images de télévision transatlantique, entre la station AT&T d’Andover (États-Unis) et la station du CNET de Pleumeur -Bodou (Côtes du Nord) le 11 juillet 1962.

Le centre de télécommunication par satellite de Pleumeur-Bodou

Le site de Pleumeur-Bodou avait été retenu pour y implanter le centre de télécommunications par satellite à proximité des nouveaux laboratoires du CNET, récemment implantés à Lannion. Cent dix hectares de landes sont prévus pour construire trois antennes. La Compagnie Général d’Électricité (CGE), amorce le chantier en octobre 1961. C’est un chantier gigantesque. En dehors du site, sur l’île Losquet située à 7 km de l’antenne principale, on érige un pylône de visée d’une hauteur de 200 mètres supportant un simulateur de satellite.

Le radôme et l’antenne cornet (PB1)

Le matériel de transmission est fourni par le partenaire américain AT&T. L’antenne est du type cornet, mesure 54 mètres et pèse environ 340 tonnes. Sa précision est de l’ordre du centième de degré. Conçu par Planned Milton et construit par l’entreprise Bird Air Inc, un radôme en dacron de 27 tonnes gonflé sous pression protège ces installations. Le satellite expérimental Telstar 1 a été conçu et fabriqué par les Bell Labs. De type actif (avec émetteur et récepteur) il est lancé le 10 juillet 1962 de Cap Canaveral par une fusée Thor Delta et placé sur une orbite elliptique inclinée de 45° sur l’Equateur, décrite en 2 h 37. La durée maximale d’utilisation entre l’Europe et les États-Unis est de 20 minutes pour certains passages seulement. Dès la sixième orbite, l’antenne de Pleumeur-Bodou capte dans d’excellentes conditions les premières images de télévision directe transmises à partir des États-Unis.

Les satellites géostationnaires

La mise sur orbite du premier satellite géostationnaire Syncom I (août 1964), en permettant la continuité de la liaison, ouvrait la voie à une utilisation commerciale des satellites de télécommunications. Intelsat I, connu dans la presse sous le nom d’Early Bird, ouvrait à partir du printemps 1965 le premier service commercial par satellite. Il pesait 38 kg et offrait 240 voies.Syncom 1

Le  CNET et le programme national de télécommunications

Le CNET fut associé à ces développements et devint l’interlocuteur technique d’INTELSAT, organisation internationale chargée de gérer le nouveau système de télécommunications. Son développement impliqua une évolution régulière des installations de Pleumeur-Bodou. Décidée en 1966, PB2 fut mise en service en novembre 1969. Elle marquait une première étape d’émancipation puisque sa conception et sa réalisation avaient été totalement françaises. L’achèvement de PB3, en décembre 1973, complétait cette évolution. La série des Intelsat 6 lancée à partir de 1989 dépasse deux tonnes en orbite. Ces satellites peuvent relayer 24 000 circuits téléphoniques et trois canaux de télévision couleur. Au sol les radômes ont disparu, des antennes de réception plus petites sont disponibles pour les particuliers.

En concevant la première génération de satellites de télécommunications commerciaux français, le CNET valorisa le savoir-faire accumulé depuis les temps pionniers de Pleumeur-Bodou. En février 1979, sur proposition du directeur général des télécommunications, le gouvernement français décidait la réalisation d’un programme national de télécommunications par satellites.

Un comité de programme, coprésidé par France Télécom et par le Centre National d’Études Spatiales (CNES) fut constitué pour coordonner les efforts. Le CNET était responsable du suivi de la réalisation de la charge utile confiée à Alcatel Espace. Matra était maître d’œuvre pour l’intégration finale du satellite. Le lancement le 4 août 1984 de Télécom 1A, premier d’une série de trois satellites, ponctuait par un succès ce grand projet national. Le fait qu’il fut lancé par une fusée Ariane donna sans doute un caractère particulièrement important à cette mission qui marquait l’émancipation de l’Europe dans un domaine déterminant pour son avenir.